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20/07/2020

Monopole d’Etat ou cogestion public-privé ? L’identité numérique en attente de modèle

Identite Numerique

La France s’apprête à donner à ses ressortissants une identité robuste pour se faire reconnaître de manière fiable sur internet, mais l’Etat tarde à trancher sur le modèle économique qu’il veut adopter pour la faire décoller.

L’ANTS, l’agence nationale des titres sécurisés qui émet les documents d’identité français, doit publier cette semaine un appel d’offres pour la mise en place du « système technique de gestion de l’identité numérique (SGIN) ». Il s’agira, en s’appuyant sur le passeport biométrique ou la future carte d’identité électronique, de donner aux internautes un moyen de s’identifier sur internet de manière solide, pour ouvrir un compte en banque, effectuer des démarches légales ou judiciaires, participer à des consultations publiques, voire peut-être un jour voter. Ces démarches nécessitent encore aujourd’hui un rendez-vous en face-à-face, ou des vérifications à distance coûteuses en temps.

« Ce genre de services » d’identification fiable en ligne « doit impérativement se développer si on veut établir la confiance pour des relations digitales de plus en plus sophistiquées », résume Philippe Vallée, devenu patron de la branche Identité et sécurité numérique de Thales après le rachat par Thales de Gemalto, qu’il dirigeait. Mais l’appel d’offres de l’Etat, d’un montant d’environ 35 millions d’euros selon des sources concordantes, vise seulement à construire l’outil technique qui permettra de « dériver » une identité numérique utilisable d’un passeport biométrique ou de la nouvelle carte d’identité électronique qui commencera d’être distribuée aux Français à partir du deuxième semestre 2021.

L’Etat n’a pas encore défini en effet qui aura le droit d’utiliser cet outil de dérivation. Se réservera-t-il un monopole dans l’octroi de leur identité numérique aux internautes, en finançant le système par l’impôt ou bien acceptera-t-il l’existence d’acteurs privés, vendant leur système aux banques et autres entreprises souhaitant une identité numérique fiable?

Des opérateurs privés d’identité numérique privés comme la PME rennaise Ariadnext veulent avoir le droit de pouvoir s’appuyer sur les cartes d’identité et passeports pour proposer eux aussi une identité numérique reconnue comme « substantielle », permettant par exemple d’ouvrir un compte en banque. « Il faut à tout prix éviter une identité numérique régalienne (délivrée par l’Etat) omniprésente », estime Marc Norlain, cofondateur et directeur général d’Ariadnext. « C’est bien de permettre aux gens d’avoir plusieurs solutions », et de leur permettre de « ne pas mettre tous leurs oeufs dans le même panier », souligne-t-il. – « l’Etat ne doit pas assécher le marché » – L’identité numérique fournie par l’Etat « ne devra être utilisée pour certains usages forts, comme les affaires judiciaires, le vote », explique la représentante d’un autre pourvoyeur d’identité sur internet, qui préfère rester anonyme. « L’Etat ne doit pas chercher à assécher le marché » avec une solution utilisable gratuitement par les banques et toutes les autres entreprises désireuses d’y avoir recours, explique-t-elle.

Le marché pourrait être énorme car de nombreuses entreprises seraient prêtes à payer un fournisseur d’identité numérique pour pouvoir vérifier en ligne l’identité de leurs clients, et faire ainsi des économies considérables. Selon une étude de 2014 de l’Alliance pour la confiance numérique, qui regroupe les industriels du secteur, les banques pourraient payer plus de 400 millions d’euros par an pour bénéficier de ce service, suivies par le secteur du crédit à la consommation (plus de 280 millions), et le secteur des envois recommandés (110 millions). Le marché total est évalué à un milliard d’euros. La mission parlementaire sur l’identité numérique, qui a rendu son rapport jeudi à l’Assemblée nationale, s’est prononcée contre un monopole de l’Etat, et contre la gratuité pour les entreprises privées. « Les pouvoirs publics doivent fournir aux acteurs privés les éléments principaux du modèle économique envisagé pour l’identité numérique », a-t-elle estimé: « il est important que les acteurs privés disposent d’une certaine visibilité dans ce secteur, vecteur de croissance pour notre pays ».

La future carte d’identité électronique prévue à horizon 2021 sera fabriquée par IN Groupe (ex-Imprimerie Nationale) avec le concours d’autres industriels français, et comportera une puce électronique avec les éléments d’identification de son propriétaire (état-civil, empreintes digitales, photo). Elle sera également dotée d’un code PIN.

Source : Dépêche AFP de Laurent Barthélémy du 13 juillet 2020 : « Monopole d’Etat ou cogestion public-privé ? L’identité numérique en attente de modèle »

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